Le travail que je présente ici s’oriente sur trois axes qui s’entrecoupent. Le premier axe est constitué d’images tirées d’un film super 8 décrivant un mariage dans les années 1960 : tenues de soirées, représentation dans la représentation, mises en scène. Film amateur, malhabile, cherchant à conjurer un avenir incertain. La maladresse du film donne une impression d’authenticité qui contredit le caractère formel et mis en scène de la cérémonie.
Désassembler le film pour en extraire les pictogrammes en tentant de gonfler les images extraites avec l’excès de temps propre à la peinture. Je me surprends à ériger un monument funéraire, un cénotaphe; ce mariage est celui de mes parents, récemment décédés. Peindre les images, prolonger un peu la durée de vie des images, gageure futile sans doute. Le contraste entre les tenues féminines et les tenues masculines est frappant. Les hommes sont sobres, sombres, désinvoltes, cool. Au centre de cet axe de mon travail il y a deux images de la mariée, deux images de ma mère. Mon père est aussi représenté mais ailleurs et à une autre époque, périphérique. 
On est introduit au deuxième axe par le caractère solennel, funèbre, cool, de l’habit masculin. On passe du documentaire à la fiction. On passe de l’habit à l’armure, les regards sont voilés, les portes fermées, possible mausolée, dureté mais aussi solidité. Mon père au centre de cet axe est ici est représenté en Christ Pantocrator. Aveuglements, regards masqués, apologie de l’armure et hommage à l’aveuglement du Pantocrator. 
Le troisième axe est constitué d’images discontinues, représentations discrètes, impressionnisme machine. Images de mes neveux, nièce et de mon fils, ces peintures sont conçues à partir de petits films capturés à l’aide de mon téléphone. Ici, les images se situent entre l’aspect documentaire des images de mariage et les images plus proches de la fiction du deuxième axe. Après la génération qui me précède je peins des images de la génération qui nous suit. La famille toujours, après les adultes passés, après les fantômes, les enfants et leur avenir. Les peintures laissent transparaitre une inquiétude certaine face à cet avenir. Le contexte est obscurci, le monde y est représenté par son absence. Le monde n’est pas vu, encore ici il est question d’aveuglement. 
La majorité des images présentées ici ont été extraite de mon petit cinéma. Depuis le milieux du siècle dernier, le cinéma est omniprésent, omniscient, il avale la littérature, la dramaturgie, la poésie et la peinture. Totalitaire, le cinéma a tout incorporé il épuise, dévore, explique l’ensemble du réel. Impossible de s'y opposer, une seule possibilité: tenter d’incorporer cette machine qui nous dévore. Dans cette optique, je veux lutter contre lenteur de la peinture et l’isolement du peintre pour l’immobilité de la peinture et la solitude du peintre. Espérer ralentir, espérer accélérer. Ouvrir/fermer les récits par les images. Ouvrir/fermer les images par le récit.  Utiliser les images banales et lieux communs en multipliant les jeux et les miroirs.


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